HOPE - L'écologie intégrale et la place de l'homme sur Terre

PortraitsLa Fondation Partage Luxembourg a rencontré la Ministre de l’Environnement, Carole Dieschbourg, et le député Charles Margue pour discuter de questions relatives à l’environnement et de la place de l’homme au sein de nos sociétés.

Partage.lu : « A votre avis comment est-il possible de penser le bien commun à long terme et de manière pragmatique au Luxembourg ?»

 

Charles Margue: «  Au Luxembourg, nous sommes dans une société de consommation et le rapport de forces – malgré les Fridays for Future - ne va malheureusement pas dans la bonne direction. Le système néolibéral est quelque part devenu autonome. Malgré cela, nos soucis émotionnels et personnels nous empêchent de « bien vivre ». Par exemple, la santé mentale, en temps de Covid, nous montre le manque de relationnel et le manque de solidarité au sein de notre société. Beaucoup de gens ont redécouvert la Nature durant le premier confinement, mais est-ce que on ne va pas l’oublier rapidement ?

D’une part, le message des Verts que « tout est lié », c’est-à-dire, de penser et d’associer l’un à l’autre, n’est pas évident pour la majorité des gens. De plus, ce message, au niveau de nos responsabilités politiques, est très difficile à faire passer, car il est considéré comme compliqué. Notre difficulté, dans la défense de l’homme, est d’aller au-delà de la conviction que l’homme est au centre de tout. Nous cherchons à le faire au niveau social, au niveau économique, au niveau environnemental. Mais est-ce qu’on réussit ?"

 

Copyright MECDDCarole Dieschbourg: « La solution est de développer une économie dans laquelle ce n’est ni l’homme, ni la nature qui perd. Notre système actuel est autorisé à produire dans un circuit linéaire qui prend les ressources et qui nuit au climat. Et nous voyons que ce système nuit également à l’homme, car les inégalités sont croissantes, non seulement au Luxembourg, mais dans le monde entier. Cette pandémie est en train de nous questionner et de nous lancer de vrais défis. Nous nous sommes crus puissants au-dessus de tout, mais nous n’avons pas protégé la base…Je pense que le Luxembourg pourrait être un laboratoire d'idées ; nous avons une petite surface et une petite communauté très soudée, nous avons des valeurs, mais il faudra les travailler…Avec sa croissance économique et démographique, nous voyons où sont les limites pour des discussions de développement industriel. Et la société, dans son individualisation, couplée à cette pandémie nous permettent de voir et de redéfinir nos libertés individuelles. Je crois que la pandémie peut nous aider à aller dans une direction où nous prenons soin les uns des autres. Pourquoi nous efforçons-nous à protéger l'environnement et notre maison commune ? Tout simplement, parce que nous vivons sur cette terre, on n’a que cette planète-ci. C'est le rôle de l'homme de la préserver. Il peut être au centre, mais il ne peut pas être séparé de cette planète. Depuis des années, nous avons oublié l’importance des liens de l’être humain avec la nature et les liens entre personnes. Nous avons perdu la relation avec la vie et avec la mort. Nous avons aussi perdu la confiance en nous-mêmes et beaucoup de savoirs.

Notre but est donc de reconnecter l’humain à la nature et de reconnecter les humains à la société. Pour cela il nous faut des valeurs.

Il nous faut les acteurs pour opérer ces changements, comme par exemple, l’appui de la science pour nous ouvrir les yeux et pour nous montrer toutes les interconnexions qui existent au sein de la Nature. Avec des publications comme Laudato Si ou Fratelli Tutti, nous avons deux piliers extrêmement importants pour nos sociétés. L’un, pour la sauvegarde de notre maison commune et l'autre pour la solidarité. »

Charles Margue : « J’aimerais revenir sur l'idée du laboratoire au Luxembourg, c’est à dire, un laboratoire grandeur nature avec un territoire limité, une population croissante, et des ressources limitées. Nous venons de commencer en janvier la discussion sur l’intégration au sein de la société luxembourgeoise. Ma thèse de base, malheureusement partagée, est que nous vivons plutôt les uns à côté des autres. Et, politiquement, cela reste un tabou de toucher à la propriété foncière privée. Quel est l’intérêt de l’ensemble de la société, qu’est ce qui fait partie du bien commun ? Une partie de ce qui m’appartient “de droit”. Nous aimerions que ce que l’individu possède, puisse servir au bien commun. En matière de logement par exemple, les baux emphytéotiques pouvant éviter que l’on brade la terre, pourraient être un des moyens d’y arriver.

 

Nous avons toujours tendance à dire que ma liberté s'arrête là où commence celle des autres. Pour des raisons légitimes, les gens viennent travailler ici de partout au monde. Mais au-delà de cela, quel est le rôle de l’homme ? Il y a de la solidarité et de la générosité à bâtir !"

 

Carole Dieschbourg: « Au Luxembourg, nous avons beaucoup avancé en matière de mobilité durable, mais maintenant il faut recréer des espaces de rencontre. C'est très important, parce que nos villes sont en train de croître.

Il ne faut pas simplement contrecarrer quelque chose qui ne marche pas, mais il faut proposer des alternatives.  L’accord de Paris nous a montré que nous pouvons développer une vision commune, globale. C'est à cela aussi que nous travaillons : faire rêver et se donner les moyens. Par exemple, reconquérir des places publiques pour tout un chacun, pour les enfants, pour tout le monde ; des places qui seront plus colorées, ainsi que des façades vertes qui peuvent combattre la mauvaise qualité de l'air… Mais pourquoi ne pas également produire des aliments sur nos toits, dans des serres ou encore construire avec du bois local au lieu de se rendre responsable de la déforestation au Brésil… Avoir une agriculture biologique qui est accessible à tout le monde. Il faut vraiment réaliser que le choix que je fais le matin dès que je me lève, peut aider à contrecarrer ces tendances qui sont néfastes pour la planète et qui mènent à de plus en plus d'inégalités dans le monde. Avec les mouvements de transitions, nous montrons que c'est possible. Nous sommes le premier pays à avoir une stratégie en matière d’agriculture urbaine et actuellement nous sommes en train de créer un conseil de l'alimentation.  Car qu'est-ce qui crée des émissions de CO2 et nuit à la biodiversité ? C'est un système agroalimentaire qui n'est pas circulaire. Si nous avons des chaînes de livraisons et des produits transparents, si nous revenons à des circuits courts et à des productions locales, nous pourrons protéger la planète. Techniquement, les solutions existent déjà, la science est très claire, mais il faut convaincre…

 

Partage.lu: Mais comment éduquer et convaincre la population?

 

Charles Margue : « Éveiller, rendre curieux. L’éducation commence au plus jeune âge, au moment de l’allaitement. Et puis, se questionner : qu’est-ce qu'on met sur la table ? Est-ce qu'on met de l'eau ou un Soda ? Qu’est-ce qu'un équilibre alimentaire ? Nous avons des modes de consommationSummer2020 Charel 13 bassdef qui nous rendent en partie malades. Pour moi, la solution est de revenir aux bases, au fondamental, à l’essentiel, mais en dépassant la vague bobo. L’alimentation de qualité n’est pas trop chère, mais on brade de la qualité médiocre !  Si vous achetez un poulet de moins de 5 €, ça ne peut pas être de qualité ! Dans ces chaînes alimentaires, les gens sont souvent mal payés et les animaux maltraités. Plus le trajet de l’aliment est long, plus le système est pervers et le prix bas. Il y a une question de mentalité et une question de porte-monnaie ; l'accès à une alimentation saine c'est l'information, c’est l’éveil, mais c’est aussi l’offre. »  

Carole Dieschbourg rajoute : En matière d’alimentation, nous parlons d’un domaine que je connais bien, car j’étais productrice et c’est un sujet qui m’a toujours fasciné.  Si nous avons un système comme le nôtre, où l’on peut consommer des ressources et polluer sans payer pour les dégâts qu’on cause, nous consommerons alors des produits qui n’illustrent pas du tout la manière dont ils sont fabriqués.  Ces produits ne reflètent pas non plus le mal infligé à la nature et à l'humanité, ni dénoncent les véritables conditions de production. Ils ne reflètent pas du tout les valeurs sociétales que nous avons au Luxembourg et le cadre réglementaire qui assure qu'il y ait un salaire minimum garanti.  Si nous achetons en T-shirt à 5 €, comment voulez-vous garantir que ce ne soit pas un enfant qui le produise et que l'environnement ne soit pas détruit ?  Avec cette politique agricole commune européenne qui donne des subventions à une agriculture irresponsable, qui ne respecte pas les règles environnementales, on influence le marché. Au Luxembourg nous venons d'introduire l'année dernière une taxe CO2, car la pollution entre le point A et le point B ne coûte rien !  La dignité de l'homme et le respect envers l'environnement et les animaux sont les éléments cruciaux pour développer des économies plus responsables.  C’est quelque chose que l'on retrouve aussi dans l'encyclique Laudato Si. Pour revenir à la question du comment est-ce qu'on éduque, je pense que l’éducation est cruciale. Comme le disait Mandela, elle est l'arme la plus puissante pour le changement dans le monde.  Nous devons changer pour préserver. Pour renforcer l’éducation, nous avons organisé la première foire de l'éducation au développement durable l’année passée avec Claude Meisch, afin de donner un spectre de possibilités de ce dont nous disposons au niveau de la formation continue pour les professeur-e-s et les enseignant-e-s, car ce sont eux et elles les acteurs et actrices principaux. Nous avons aussi un projet qui s'appelle “Natur genéissen – mir iesse regional, bio a fair”, au sein duquel des agriculteurs travaillent en respectant la biodiversité. Ils ont conclu un contrat avec des maisons relais locales et des communes, qui à leur tour, disposent d’un cahier de charges qui précise où elles peuvent acheter de manière locale et responsable. 

Donc, les communes, l'état, et chacun a dans son domaine une possibilité de changer qui est énorme, que ce soit dans sa consommation, aussi bien au niveau de l’alimentation qu’au niveau des constructions.  Nous avons des projets pilotes mettant en avant la construction circulaire avec du bois dans beaucoup de communes. C'est ici que se trouvent les vecteurs du changement. Si un enfant fréquente une école construite en bois et qu’il apprécie ses qualités d'entourage naturel, s’il peut sortir en forêt grâce à sa crèche, l’enfant est sensibilisé dès son plus jeune âge par la pratique - cette sensibilité-là ne se perdra pas.  Si nous recréons des liens avec la nature - et ceci provient du Petit Prince - nous allons nous engager pour la protéger. Dans ce domaine, beaucoup d'enseignant-e-s font un travail fantastique ! Quand on voit des enfants qui se promènent en forêt et qui découvrent les merveilles qui nous entourent, c'est génial, et cela nous ouvre aussi les yeux.

S’intéresser, écouter et savoir savourer la nature est primordial : « Natur genéissen ».  Mais tout cela est à l’opposé de notre culture du fast-food et de la vitesse de consommation de notre quotidien.  Il n’y a pas UNE seule recette, et il faut aussi convaincre les enseignant-e-s, les avoir à bord et impliquer toutes les écoles.

C’est ce que nous sommes en train de faire par un eco-check. Nous installons des panneaux solaires avec les enseignants et les élèves dans les écoles, par exemple. Ensemble avec le ministère de l’éducation nationale, nous avons introduit les « écobox » et les gourdes dans les structures scolaires ».

 

Partage.lu: Les peuples indigènes, et plus particulièrement, ceux d’Amazonie sont considérés par certains comme étant un modèle de préservation de la Nature. D’après vous, quel est l’impact spirituel et écologique de la disparition des peuples indigènes dans le monde ?  Et comment pouvons-nous agir ?

 

Copyright Abaixo Tiago MiottoCimi Laila MenezesCarole Dieschbourg : « Lors des conférences pour le climat, nous nous sommes prononcés haut et fort en faveur de l'égalité des chances en matière de droits de l’Homme. Nous faisons également partie des nations qui sont de fervents défenseurs des peuples indigènes, si riches en savoirs essentiels malheureusement déjà perdus dans nos sociétés. Nous avons aussi essayé de créer une plate-forme pour pouvoir intégrer ces modes de vies, qui sont tout à fait durables. Il est extrêmement important d’inclure ces acteurs dans les débats sur la protection du climat et de la biodiversité, car ils disposent de l’expérience pour négocier de façon beaucoup plus responsable et intransigeante que nous. Malheureusement, il s'agit de voix qui ne sont souvent pas entendues. Nous avons soutenu les projets du chef Raoni Metuktire, qui est venu au Luxembourg, et nous soutenons également des projets sur place, basés sur les connaissances indigènes. Le respect des droits de l'Homme et des peuples indigènes est un critère de sélection pour nos projets de financement au niveau international. Il faut se battre pour que ces voix soient entendues. Il faut encourager et veiller à ce que dans toutes les négociations, le niveau régional et les peuples indigènes soient représentés."

Charles Margue rajoute :

« La question des peuples indigènes…, ce n'est pas que je veuille tomber dans l'émotionnel, mais c’est absolument dramatique ! À la vue de ce qui se passe au Canada, aux États-Unis, au Groenland, c’est dur de garder espoir. Les indigènes qui sont plus proches avec la « soi-disant » civilisation, se tuent par l’alcool, comme ils ont perdu leur dignité et une grande partie de leurs trésors … Le concile sur l’Amazonie était symbolique, mais je pense qu'il faut sanctuariser tous ces territoires et cela relève du droit international, avec les limites que ce dernier nous impose. »

 

Carole Dieschbourg: 

« Une des choses les plus importantes, pour moi, en ce qui concerne le respect des droits de l’Homme, c’est que ce soit toujours le pays partenaire qui dicte ses besoins. Les choses doivent être participatives et régionales, car les solutions qui nous semblent idéales, ne le sont pas forcément et ne conviennent pas nécessairement aux partenaires. Il faut absolument respecter et prendre en compte le savoir ancestral qui est là. Se rencontrer en respectant les droits et les connaissances de chacun-e, voilà une de nos plus grandes responsabilités. Si nous protégeons le climat, il est essentiel le faire de manière holistique. »

 

 

"Nous, les indigènes, sommes comme les plantes.

Comment pouvons-nous vivre sans notre terre, sans notre forêt ?"

Marta Guarani, Brésil

 

 


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