
Le golfe de Ferguson près de Kalokol ©Denise Richard
Mercredi de la 1re semaine de Carême -
Mittwoch der ersten Fastenwoche
Les soeurs franciscaines avaient écrit, que la justice ne consiste pas forcément en ce que tous reçoivent la même chose, mais plutôt que tous aient ce dont ils ont besoin. Que tel n'est souvent pas le cas, nous le constatons parfois de manière dramatique dans les projets que partage.lu soutient. Impressions de Denise Richard, responsable de projet, du Lac Turkana au Kenya:
Le barrage Gilgel Gibe III et les pêcheurs du lac Turkana
L’Unesco était contre. La Banque mondiale a refusé de le financer. Et pourtant le plus haut barrage d’Afrique, Gilgel Gibe III, a été construit sur la rivière Omo en Ethiopie et inauguré en décembre 2016. Déjà en 2010 une alliance d’ONGs éthiopiennes et kenyanes alerte le public et le gouvernement éthiopien aux conséquences néfastes du barrage :
« Ce barrage menace les conditions de vie de 500 000 personnes dans le Sud de l’Ethiopie et le Nord du Kenya. Il détruirait également la basse vallée de l'Omo, site préhistorique de renommée mondiale, et l’écosystème du Lac Turkana, tous deux inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO. »
Le lac Turkana est le plus grand lac permanent en milieu désertique au monde. Il existe sous une forme ou une autre depuis près de 4 millions d’années. D’anciens hominidés, des contemporains du « garçon du Turkana » — le squelette presque complet d’un Homo erectus découvert à proximité, à Nariokotome —, pêchaient dans le lac et vivaient sur ses rives. L’alimentation en eau du lac Turkana dépend à 90% de la rivière Omo.
Selon les données satellites collectées par le Département de l’Agriculture des États-Unis et publiées en 2018 par Human Rights Watch le niveau d’eau du lac Turkana a chuté de 1,5 m. Suite à la baisse rapide du niveau d’eau du lac, l’Unesco a décidé en mai 2018 d’inscrire le site des Parcs nationaux du Lac Turkana sur la liste du patrimoine mondial en péril.
Lors de mon voyage au Kenya en mai 2019, je suis allée à la rencontre des pêcheurs du lac Turkana que le projet soutient depuis plusieurs années. Cette visite m’a menée au Golfe de Ferguson, un petit bras latéral du lac Turkana près de la ville de Kalokol. Je ne voulais pas en croire mes yeux : Entre les petites huttes – qui se trouvaient au bord du lac lors de ma dernière visite ici – et le lac, je vois une large bande de sable asséchée de plusieurs centaines de mètres. Selon Human Rights Watch, entre 2015 et 2018 le lac aurait reculé de 1,7 km à Kalokol.
Et ce n’est pas encore tout. L’Ethiopie a donné l’autorisation à des multinationales étrangères d’établir une série de plantations qui consomment beaucoup d’eau le long de l’Omo. En plus le gouvernement éthiopien a annoncé vouloir construire encore un 4e et 5e barrage sur la rivière Omo. D’après les scientifiques, si l’apport en eau du lac Turkana devient inférieur aux pertes dues à l’évaporation, cet écosystème fragile pourrait subir des altérations permanentes. Le scénario le plus pessimiste serait la division du lac en deux, avec une section plus petite qui finirait par se transformer en une mare salée, pleine d’algues et sans vie.
Le projet avait un impact très positif sur les pêcheurs en améliorant leur sécurité alimentaire et leurs revenus. Mais le risque est grand que tout ceci soit réduit à néant, si le niveau du lac continue à baisser. Vu la situation notre partenaire ne forme plus de nouveaux groupes de pêcheurs et est en train d’analyser comment aider les pêcheurs à trouver des sources de nourriture et de revenus alternatives. Nous le soutenons dans cette démarche.
Denise Richard, responsable de projet

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